rencontre avec flavien berger - vie sauvage 2019

un an après la sortie de son album « contre temps », une petite merveille de pop électronique française, flavien berger se produisait l’année dernière à vie sauvage pour nous présenter son nouveau show. à cette occasion, nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec lui en fin d’après-midi à quelques heures de son concert. le parisien nous a donc raconté son rapport à la scène, sa vision artistique, mais aussi ses collaborations.

 

au niveau de votre présence sur scène, le fait d'être seul, à la fois aux machines et au chant, c'est quelque chose de difficile à gérer ?

je pense que c'est plus simple pour moi d'incarner le show si je suis tout seul. ces fantômes, qui m'accompagnent sur scène, ont toujours été dans ma tête, on en avait même fait des photos. j'avais fait un concert il y a longtemps avec un prototype de fantôme et on l'a développé pour la tournée de ce disque. ça a beau être dans ma tête depuis longtemps, mais le fait qu'ils tournent est vraiment nouveau.

vous dites aimer faire votre musique tout seul, mais vous faites aussi beaucoup de collaborations avec d'autres artistes, la manière de travailler est-elle différente ?

c'est toujours un peu différent, de morceau en morceau, il n'y a pas de constante de travail. là quand je dis tout seul, c'est juste pour mon projet, pour la création que j'ai besoin de générer moi-même. après, c'est de la matière de travail pour plein de gens, plein de collaborations. en fait, je fais de la musique parce que ça me permet de travailler avec plein d'autres gens.

comment se sont passées les collaborations avec salut c'est cool, etienne daho ? ce sont des gens de votre entourage ?

j'ai d'abord croisé etienne daho en festival, puis pour des concerts de promo, et on s'est très bien entendu. puis à un moment, il a eu un flash et m'a proposé une place dans son disque. quand on est musicien ça arrive qu'on s'invite car on ne sait pas trop quoi faire d'autre, parce qu'on est des freaks, quoi (des passionnés de leur art, un peu différents du reste du monde). salut c'est cool sont des amis depuis longtemps, ça arrivera encore que l'on travaille  ensemble, je voulais les inviter sur mon disque, mais je n’ai pas trouvé la place. c'est vraiment toujours une envie de partager.

j'ai commencé à écouter votre album après que des amis dont l'album tient vraiment à cœur me l'aient partagé. quel sentiment cela procure de se savoir écouté en boucle ?

c'est très virtuel, c'est gratifiant et ça me touche beaucoup, mais c'est difficile de le rendre réel.

comment avez-vous pensé l'album ? pour qu'il puisse s'écouter en entier, comme un tout ?

pour moi, il faut que ça ait du sens, que ça s'aligne. après beaucoup de travail le résultat se retrouve là. mais il faut beaucoup s'écouter soi-même et voir ce que l'on veut faire.

après vous avoir vu en balances, comment se prépare un show ? est-ce différent de ce que vous produisez en studio, dans la technique ? 

c'est impossible de comparer le disque et le live sont vraiment deux planètes. Je crois qu'il faut vraiment les prendre séparément. du coup j'ai beaucoup de boucles et je fais des cocktails, je fais du flair comme tom cruise quand il fait des cocktails en faisant sauter des bouteilles dans son dos.

vous connaissiez vie sauvage avant de venir cette année ?

oui, en fait, fx (françois-xavier, le programmateur de vie sauvage) me fait jouer régulièrement à bordeaux. j'avais entendu parler du festival et de ses annexes. c'est de belles expériences. le site est dingue, la météo est au rendez-vous, même s’il fera nuit quand je monterai sur scène.

en parlant d'horaire, vous allez jouer vers 23 heures, est-ce votre horaire de passage habituel ?

oui, jouer plus tard ne m'arrive plus. les gens ne sont pas dans l'ambiance, je chante trop. me faire jouer trop tard serait une erreur. l'attention du public se dissipe dans l'alcool et la fiesta et mon show n'envoie pas non plus de la grosse dose. mais cela m'arrive de jouer plus tôt, hier par exemple, j'ai joué en fin de journée, vers 20 h 20.

vous sentez des différences dans la réception du public, quand l'horaire varie ?

tout le temps et c'est ça qui est bien. je m'adapte en fonction des énergies qu'on me renvoie, de date en date. il y a ce truc d'épouser la forme que prend le moment concert en fonction du public et de plein de choses. j'essaie d'être alerte. cela fait des concerts différents, parfois les différences sont subtiles dans le sens transparent, que l'on ne voit pas. je crois que je ne peux pas refaire le même concert, sinon je suis un mort-vivant. d'autant plus que je suis tout seul, ce serait horrible. mais ce n'est pas dit que je sois tout seul toute ma vie. le jour où je ferai de la musique avec des musiciens, c'est que la musique que je jouerai sera pensée pour ça. là, mettre un batteur ou un bassiste changerait l'énergie. le show se passe ailleurs, au bout des doigts dans quelque chose de moins classique en fait. mais un jour, ce serait trop bien d'avoir un groupe.

le fait de changer de formation vous pousserait-il dans un autre style ou dans une autre manière de procéder ?

je ne pense pas que le style soit donné par l'instrumentarium avec basse, batterie et guitare. tu peux faire tous les styles du monde. il suffit de voir l'histoire que tu veux raconter. je pense que je ferai une sorte de pré-maquette avec une grille d'accords, des éléments. puis après, voir avec les musiciens. chacun sera invité pour ce qu'il est capable de faire. c'est ça qui est beau, quand tu invoques des particularités.